Journée d’étude organisée par Elvia Teotski
Artiste en doctorat de recherche-création

Nantes Université (CRINI)/Beaux Arts de Nantes Saint-Nazaire

Jeudi 11 décembre 2025 (9h30-17h)

École des Beaux-Arts de Nantes – Saint-Nazaire
Petit amphithéâtre, 2e étage

 

« Conçue comme un moment de dialogue et de réflexion avec deux invitées chercheuses, cette journée a pour objet d’approfondir certains de mes processus de travail, gestes et formes (installations, sculptures, vidéo), et notamment les « traductions » que j’entreprends des traces de contamination. En effet, mon travail de recherche s’attache, en autres, à révéler des traces de contamination laissées par les activités humaines industrielles et agricoles, imperceptibles et difficiles à percevoir et à mesurer… des traces diffuses, souvent insoupçonnées, abandonnées. Enfouies dans le sol – en souterrain -, elles se déplacent, ruissellent ou se (bio)accumulent au sein de corps vivants. Parfois, elles rencontrent des agents (plantes, espèces détritivores, algues, champignons) qui ont la capacité de dépolluer ces milieux contaminés. Ce qui pose la question de leur stockage et du transfert que ces organismes « encapsulent ». Les possibilités ouvertes par ces alternatives naturelles à la pollution des sols, nous conduisent tout de même à questionner le recours à de tels organismes non-humains dans lesquels finissent par être stockés les polluants, résidus et autres métaux lourds dont nous nous débarrassons. Ce transfert riche en potentiel, alors que nous altérons toujours davantage nos milieux, est-il une solution? Tenter de se saisir de ces entités férales (métamorphiques) nécessite un déplacement, un changement de nos modes d’attention, de nos regards, et de nos relations au monde.
Intitulée « Les régimes de visibilité et d’invisibilité de la toxicité à travers une pratique artistique située vivante et mouvante » (titre provisoire), ma recherche doctorale élucidera le rapport entre visibilisation/invisibilisation en tension dans toute ma pratique artistique, en revenant tant sur mes manières de collaborer avec des laboratoires scientifiques que sur mes propositions sculpturales, anti-monuments, en dehors du champ du spectaculaire ou du phénoménal.
Durant cette journée, nous partagerons nos expériences et méthodologies d’enquête, de travail et d’écriture, et discuterons des régimes d’invisibilité et des mises en visibilité des traces toxiques se trouvant dans le sol, dans l’eau, dans les corps/les organismes vivants, à partir de différents exemples, selon différentes approches : scientifique, anthropologique et artistique. Florence Menez, anthropologue et photographe, fera part des manières dont les échouements de sargasses dans les Antilles françaises impactent les habitant.es et sur les récits qui, en et sur les récits qui, en accord avec les habitant·e·s, peuvent être créés, illustrés et lus en public. Claire Dutrait, autrice et chercheuse en écopoétique, reviendra sur les enquêtes qu’elle a menées dans des zones polluées par des activités extractivistes et industrielles (dans le sud de la France et proche de Dakar au Sénégal), et sur les manières de générer une nouvelle attention à ces réalités par les arts du récit.
Croiser nos connaissances, confronter nos manières de faire, nous conduira à analyser les intentions et les effets produits par la traduction de ces travaux de recherche en formes artistiques, littéraires, à la croisée des arts et sciences.
De l’art de l’attention des pollutions à leurs traductions Claire Dutrait est autrice, enquêtrice et et docteure en pratique et théorie de la création littéraire et artistique. Ses recherches et ses créations (récits, poèmes, expositions, installations, performances) situées à la croisée arts-sciences et ancrées en humanités écologiques, concernent les zones polluées et les récits qui peuvent les parcourir. Elle a publié entre autres Vivre en arsenic (Actes Sud, 2024).
Sa thèse, D’écorces et de plomb, à la recherche de récits qui embarquent en zone critique (2025), s’est inscrite dans un projet arts-sciences-société visant à la co-construction de connaissances des pollutions sur le front d’industrialisation de Dakar (AirGeo, 2022-2024) à partir du déploiement de capteurs sous forme d’écorces d’arbres. Le projet AirGeo, financé par le Belmont Forum et le CNRS (SOSI), réunit des chercheur·euses en sciences de la Terre (GET, France), en biologie végétale (UCAD, Sénégal), en anthropologie (IRL375, UCAD), en sociologie (INRAE, Montpellier), en médecine (Université de Thiès, Sénégal) et en recherche-création (AMU, France), ainsi que des habitant·e·s concerné·e·s par les pollutions, des autorités et des artistes (photographie, théâtre forum, peintre, écopoétique).

Florence Ménez est anthropologue et docteure de l’EHESS, Paris et de l’Université Ca’Foscari, Venise. Elle s’est spécialisée depuis ses premiers travaux sur les modes relationnels aux proliférations algales puis sur les palourdes philippines en lagune de Venise et delta du Pô (programme INVABIO) dans le cadre du changement global et local de l’environnement. Elle est coordinatrice du projet de recherche-action SaRiMed 1 (2021-2023) et 2 (2025-2027), concernant les impacts sociaux et sanitaires des sargasses en Martinique, et dans l’archipel guadeloupéen, à Marie-Galante et à La Désirade. SaRiMed, financé par la Fondation de France, réunit des chercheur·e·s en sciences sociales de l’UMR AMURE, ainsi que de l’UMR PHEEAC et de l’EA AIHP-GEODE de l’université des Antilles, des médecins du CHU de Martinique, des membres de la société civile et des artistes. Elle utilise une démarche d’observation et de création photographique pour révéler, dans une acception photographique et épistémologique du terme, les pollutions visibles et invisibles, et les dégradations des non-humains et autres qu’humains, comme autant de signes tangibles du mal-être des habitant·e·s. Avec des graphistes du Lycée Victor Anicet en Martinique et des étudiant.es en sciences politiques en Martinique et en théâtre en Bretagne, elle a créé des lectures théâtralisées, appelées « Prolivariation ». Elle a aussi développé un récit visuel, « Etre une autre » sur les métamorphoses des palourdes et du regard sur celles-ci.

Elvia Teotski est artiste chercheuse en arts visuels, en doctorat de recherche création Nantes Université (CRINI)/Beaux Arts de Nantes. Elle mène une investigation sur la transformation des mondes vivants.
Formée en tant qu’agro-écologue, l’artiste s’emploie à établir une cartographie des composantes environnementales, aidant à comprendre leur maillage, les cohabitations, les co-évolutions et les perturbations.
Diplômée des Beaux arts de Toulon en 2014, elle participe à de nombreuses expositions dont Spoiled Waters Spilled au BNM dans le cadre de Manifesta13 à Marseille en 2020. En 2021, elle est lauréate du concours Talents contemporains de la Fondation François Schneider et du prix Planète Art Solidaire de Artofchange21 et expose à La Criée, Rennes. En 2022, elle présente un autre solo show à l’Assaut de la Menuiserie, Saint-Etienne. Enfin, Elvia participe au programme de résidence In Situ de la Fondation Carasso, à la Cité internationale des arts de Paris en 2023/24, et répond à une commande artistique portée par des groupements de citoyen·nes et l’Institut Agro Rennes et accompagnée par les Nouveaux commanditaires de Bretagne, autour des Prairies Saint-Martin, ancienne friche industrielle marquée par les activités de tanneries industrielles.

Contact : Elvia Teotski

À télécharger : L’affiche